À la recherche de Trésors et liberté
 

Marcel Robillard

Qu'est-ce qui peut bien pousser quelqu'un à risquer sa vie à la recherche de trésors ?


Qu'est-ce qui peut finalement l'amener à trouver la liberté ?

3.



Je n’étais pas aussitôt revenu à Montréal que ma voix intérieure m’incitait à retourner à Terre-Neuve. De son côté, Guy retrouva sa famille et nous nous sommes alors perdus de vue. Il me fallait cependant gagner mon pain. J’ai donc postulé un emploi auprès d’une société de plongée sous-marine établie à Montréal dont la raison sociale était Altech Diver. Trois jours plus tard, le téléphone retentissait pour m’annoncer que j’étais engagé.


J’ai donc repris l’occupation de plongeur affecté à des travaux de construction, cette fois dans le Vieux-Port de Montréal. Je devais colmater, à l’aide de sacs de ciment, de gigantesques trous qui avaient été creusés sous la force des tourbillons formés derrière les hélices des navires.


J’ai consacré cet hiver à planifier dans ses moindres détails ma prochaine expédition en mer. J’ai invité l’un des propriétaires de la société qui m’embauchait, un dénommé Réal Gagnon, à m’accompagner. Je lui avais raconté mes aventures au large de Terre-Neuve, et cette histoire de trésors gisant sous la mer a piqué sa curiosité et a éveillé son sens de l’aventure.


...


En mai 1967, Réal et moi avons loué une petite roulotte à Saint-Jean, afin de disposer d’un pied-à-terre pour l’été. Un soir, nous avons invité cinq pêcheurs à dîner. Alors que nous buvions une énième bouteille de rhum, l’un des gars raconta une histoire fantastique, considérée comme une légende locale. Nous l’écoutions attentivement pour ne pas perdre un mot de son récit.


– Un jour, à Renews, dans les années 1800, un voilier mouilla dans le port et y jeta l’ancre. Le capitaine descendit à terre et demanda aux villageois :


– Pouvons-nous inhumer l’un de nos morts dans votre cimetière ? Nous reviendrions le reprendre au prochain printemps...


Sur ces mots, notre conteur fit une pause.


– Qu’arriva-t-il par la suite ? demandai-je intrigué.


– Étrangement, il a fallu une douzaine de marins costauds pour porter le cercueil jusqu’à une charrette, qui a presque cédé sous le poids du supposé défunt. Ils l’ont finalement enterré, mais curieusement, ils ne sont jamais revenus chercher la dépouille, comme le capitaine l’avait laissé entendre.


Vérification faite, ce cimetière était encore le lieu du dernier repos des défunts, à cette époque. Toujours est-il que, ce soir-là, nous avions un verre dans le nez quand nous avons pris le chemin du cimetière, non sans emporter un détecteur de métal. L’endroit se trouvait à proximité de l’église, au centre du village. Nous pouvions y entrer et en sortir comme bon nous semblait, car il n’était pas clos. Nous avons parcouru différents endroits entre les pierres tombales et les monuments, afin de sonder le sol à l’aide du détecteur de métal. Soudain, l’indicateur se mit à s’agiter à vive allure. Je m’empressai d’appeler mes camarades, mais nous avons été surpris par des gens venus se recueillir sur une tombe. J’ai même aperçu le curé de la paroisse à une fenêtre du presbytère, qui nous jetait un regard de désapprobation.



  

Le cimetière de Renews, lieu

de l’inhumation

d’un « étrange cercueil »


– Que faites-vous là ? nous lança-t-il. Des curieux commençaient à former un petit attroupement au portail pour voir ce que nous fabriquions. Nous avons dû remballer nos affaires et partir, en laissant le trésor sur place !


Sur le coup, cette histoire nous a bien amusés. Nous avons ri de la tournure des évènements tout le long du chemin qui nous ramenait à la roulotte. Nous avions cru à cette histoire que des générations de conteurs avaient peut-être embellie. Bien sûr, je suis passionné de chasse aux trésors, mais pas au point de profaner un cimetière.


Le port de Renews, à environ cent kilomètres au sud de Saint-Jean, est bien connu pour sa communauté de pêcheurs. C’est aussi l’un des premiers endroits dont parle l’histoire de Terre-Neuve. Un manuscrit français, archivé à la Bibliothèque nationale de France, parle de Rougnoust – qui deviendra Renews sous l’influence anglaise – comme du refuge de Jean-Denys de Harfleur, qui y a laissé son bateau en 1506. Renews fut également l’endroit où Lord Falkland signa le pacte dit de Newfoundland, en 1623. Selon un écrit qu’il publia à Dublin, en Irlande, le propriétaire d’une plantation pouvait, avec cent livres, acheter « la moitié d’un port au nord de la baie de Trinity et se bâtir à Fermeuse ou à Renews et y posséder cent âcres de terrain. »


Renews est aussi un village renommé pour sa longue histoire maritime, surtout en raison des nombreuses catastrophes qui y sont survenues, en mer ou sur la terre ferme.


L’engloutissement du Florizel à Horn Head, en 1918, est la plus connue d’entre toutes. Les mystères et périls de la mer n’ont rien pour étonner cette communauté de marins, car vers la première décennie du XVIIe siècle, Renews était fréquentée par le pirate Peter Easton.


Renews a aussi connu les horreurs de la guerre. Lors des attaques dans les colonies anglaises en 1696, le village a été pris et pillé par les soldats français et leurs alliés amérindiens. À un autre moment, les Butter Pots, un massif de collines à proximité de Renews, ont servi de quartier général à une bande de hors-la-loi surnommés « les hommes sans maître ».


   

La baie de Renews


Renews a souffert plus que tout des attaques des pirates et des corsaires. En 1778, un corsaire américain a capturé et brûlé, à lui seul, douze bateaux de pêche près de Renews, et il a fait prisonniers les membres d’équipage.


Avec de pareils antécédents, il ne faut pas s’étonner que Renews soit devenu une source abondante d’énigmes et de mystères irrésolus. Parmi les légendes mystérieuses concernant l’endroit, il s’en trouve une sur l’origine d’une plaque de bronze de cent quatorze livres, tirée de la mer près de Horn Head en 1918, le lendemain du naufrage du Florizel. Cette plaque était marquée d’un sceau où figurait un lion doté d’une tête de cerf. Longtemps, on a pensé que cet emblème était le logo d’une quelconque société maritime, mais même la Lloyd’s de Londres ne put déterminer la société qui pouvait s’être dotée d’un tel symbole. L’origine de cette plaque et sa présence à Horn Head demeurent encore un mystère, jusqu’à ce jour.





Mot de l’auteur



Chacun de nous rêve de partir à l’aventure, car nous sommes tous un peu pirate en dedans de nous. Dans mon histoire, je vous raconte comment, à partir d’un rêve fait à l’âge de cinq ans, ma vie a été dessinée. Je suis allé jusqu’au bout de celui-ci et j’ai découvert le mystère qui lui était rattaché : l’épave de l’Anglo-Saxon et la libération des êtres qui y étaient toujours accrochés, après plus de cent vingts ans. Aujourd’hui, j’en suis heureux ! J’ai accompli ma mission.


Les rêves que vous avez peuvent toujours se réaliser, de différentes façons pour chacun. Avis aux futurs plongeurs : aimeriez-vous connaître la position exacte où se trouvent toujours plus de 100 000 pièces espagnoles, en argent et en or ? Bien sûr, il vous faudra creuser entre les ballasts de fonte et la roche, mais le jeu en vaut bien la peine ! L’épave dont je vous parle est le S.S. Falcon, coulé en 1851, à l’île-de-Bois (Ferryland, Terre-Neuve).


De plus, les coordonnées d’une autre épave, Inpress Ocean, peuvent être à votre disposition. Celle-ci a coulé à Calvert (Terre-Neuve en 1943. Il y avait à son bord une cargaison d’environ 4000 livres d’or. Lorsqu’il a coulé, trois marins sont morts à son bord, ayant reçu l’ordre de ne le quitter sous aucun prétexte. Mes deux collègues ont tenté de récupérer ce trésor, mais par malchance, ils ont plutôt attrapé la maladie des caissons. L’épave se trouve à deux cents pieds de profondeur. En 1964, c’était trop profond, mais je crois, qu’aujourd’hui, la récupération serait plus envisageable, vu la nouvelle technologie de plongée.


La troisième épave est l’Anglo-Saxon. Elle se trouve près d’une caverne dans laquelle on peut retrouver une fortune ! On peut y accéder entre juillet et août. Pour ceux qui ne se sentent pas la volonté de plonger, vous pouvez suivre la côte de Cape Race et y retrouver des fossiles vieux d’environ dix millions d’années. Vous pourriez même payer les dépenses relatives à votre voyage en les vendant ! On retrouve environ quatre cents épaves entre Ferryland et Cape Race. La plupart d’entre elles n’ont été qu’effleurées ; il reste encore beaucoup de merveilles à découvrir !






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